RECOMMANDATIONS DU HAUT CONSEIL DE L’EDUCATION
SOCLE COMMUN
Le Haut conseil vient de rendre publiques ses recommandations pour le socle commun. Vous trouverezci-joint le texte du Haut conseil ainsi qu'un premier commentaire du SNUipp sur ce texte et le
communiqué envoyé ce jour à la presse.
Il nous semble important de vous le soumettre pour réflexion.
23 mars 2006
RECOMMANDATIONS DU HAUT CONSEIL DE L’EDUCATION
POUR LE SOCLE COMMUN
Le Haut Conseil de l’Éducation, conformément à la loi du 23 avril 2005, est chargé de donner un avis sur le projet de décretPOUR LE SOCLE COMMUN
relatif au socle commun de connaissances et de compétences. A la suite de la lettre du Ministre de l’Éducation Nationale, de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche du 18 novembre dernier, le Haut Conseil a examiné les propositions de la commission
animée par le Directeur de l’enseignement scolaire, ainsi que d’autres documents, en particulier le projet de « cadre de
référence européen » de
« compétences -clés pour l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie » datant lui aussi de novembre 2005. Il a aussi
procédé à de nombreuses auditions.
Au terme de ces travaux préliminaires, le Haut Conseil soumet au Ministre des
recommandations pour la rédaction du projet de décret relatif au socle, sur lequel le Haut
Conseil aura à émettre un avis quand il en sera saisi.
Trois constats
Même si l’École obtient des résultats satisfaisants, voire excellents, pour plus de la moitié des élèves, notre pays, selon les
évaluations internationales des systèmes éducatifs, se situe seulement dans une position moyenne. De nombreux jeunes sont
exclus des savoirs de base :
150 000 sortent chaque année du système éducatif sans aucune qualification, soit environ 20 % d’une classe d’âge ; 15 % des
élèves en fin de 3e n’ont aucune maîtrise des compétences générales attendues à la fin du collège, auxquels s’ajoutent près de
30 % qui ont des difficultés importantes. Cette situation a des conséquences graves sur le niveau général de formation de la
Nation, déterminant pour l’avenir de notre pays, comme sur les conditions d’accès et de réussite dans l’enseignement supérieur.
En outre, les enfants de milieux défavorisés connaissent plus l’échec que les autres, et l’École n’assure pas non plus la promotion
des meilleurs d’entre eux : l’égalité des chances n’est pas réalisée.
Enfin, si l’École, lieu par excellence de la transmission de la connaissance et de la culture, doit donner l’envie de savoir ainsi que
le plaisir d’apprendre ensemble, elle doit aussi préparer les élèves à se comporter en personnes responsables. La violence à
l’école et au collège, qui commence par les incivilités, est inacceptable, qu’elle s’exerce contre d’autres élèves ou contre des
adultes, notamment des professeurs. La maîtrise précoce de règles de comportement à l’École, qui est plus encore que par le
passé un lieu essentiel de l’apprentissage de la vie en société, est donc fondamentale, autant pour l’acquisition des savoirs que
pour l’insertion dans la vie active et l’exercice de la citoyenneté.
Définition du socle
Ÿ Ce dont nul ne doit être privé en fin de scolarité obligatoire
Le socle correspond à ce que nul n’est censé ignorer en fin de scolarité obligatoire sous peine
de se trouver marginalisé ou handicapé. Grâce au socle, chacun pourra continuer à se former tout au long de la vie et s’adapter
aux évolutions de la société. La mission première de l’École est de garantir à tous les élèves la maîtrise effective de ce socle,
qui constitue un engagement de la Nation envers la jeunesse.
Ce socle commun doit assurer une formation de qualité, et non proposer un enseignement au rabais, sans qu’on perde de vue
qu’il concerne des jeunes de 16 ans au plus. Il a pour ambition de tirer vers le haut ceux qui éprouvent des difficultés, comme de combler les lacunes que l’on peut constater même parmi ceux qui réussissent. L’Ecole doit tenir compte de toutes les formes
d’intelligence, y compris l’habileté manuelle et les autres possibilités du corps ; c’est d’autant plus nécessaire que certains élèves
peuvent ainsi se révéler, et réussir.
Le socle n’est pas le tout de l’enseignement, qui ne saurait se résumer à en garantir à tous la
maîtrise. L’Ecole doit offrir les moyens à chaque élève de développer toutes ses facultés.
Ÿ Penser le socle en termes de compétences.
Pour le Haut Conseil, il faut mettre l’accent sur la capacité des élèves à mobiliser leurs acquis dans des tâches et des
situations complexes, à l’École et dans la vie : le socle doit donc être pensé en termes de compétences. La notion de
compétences figure déjà dans nos instructions officielles, en particulier pour l’enseignement des langues vivantes étrangères et
le Brevet informatique et Internet. Cette approche, qui se généralise parmi les pays développés, a été adoptée dans le projet de
« cadre de référence européen » des huit « compétences -clés pour l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie », qui
doit être prochainement soumis au Parlement européen et au Conseil de l’Union européenne.
Chaque compétence est définie dans ce cadre comme une « combinaison de connaissances, d’aptitudes et d’attitudes » ; on
préfèrera le terme de « capacité » à celui d’« aptitude », ne serait-ce que parce qu’«aptitude » désigne d’abord une disposition
naturelle. A titre d’exemple, la compétence en langue étrangère comprend des connaissances (vocabulaire, grammaire,
prononciation et orthographe), la capacité à utiliser correctement ces connaissances dans des situations concrètes (suivre une
conversation, écrire une lettre…), et une attitude générale faite notamment d’ouverture aux autres.
Dans cet esprit et sans exclusive, les évaluations du Programme international de suivi des acquis (PISA) sont des références
utiles, car elles fournissent une échelle complète des niveaux d’exigence et s’appuient souvent sur des situations de la vie réelle.
Ÿ Pas de socle sans évaluation ni rattrapage
L’exigence dans le contenu est indissociable d’une exigence dans l’évaluation : l’École a une obligation de résultats, effectifs
et vérifiables.
Des paliers seront définis dans la maîtrise du socle. Le texte précisera le niveau attendu à chaque palier pour chaque élément
de compétence retenu, notamment à la fin de l’école primaire et, bien entendu, à la fin de la scolarité obligatoire. Il ne faut
pas attendre la fin de l’école primaire pour l’acquisition des bases des fondamentaux (lecture, écriture, calcul).
Entre deux paliers, on respectera les différences dans le rythme d’apprentissage des
élèves. La progression des élèves qui auront maîtrisé plus tôt les éléments correspondants du socle ne doit pas être ralentie ; les
apprentissages seront individualisés, comme cela se fait depuis toujours, avec des résultats satisfaisants, dans les classes à
niveaux multiples à l’école primaire. C’est plusieurs fois par an qu’aura lieu une appréciation des acquis et un repérage des
difficultés, permettant d’organiser un soutien efficace, fondé sur les besoins, sans filière de relégation. L’évolution de chaque
élève, compétence par compétence, pourrait apparaître dans un document qui le suivrait tout au long de sa scolarité. L’élève
disposera ainsi de repères incontestables qui contribueront à développer une juste confiance en soi.
Une compétence est maîtrisée ou ne l’est pas ; elle l’est quand l’élève réussit de façon répétée un certain nombre
d’évaluations. Il ne peut y avoir de compensation entre des compétences qui doivent être acquises par tous et dont la
maîtrise sera évaluée par des outils nationaux. A chaque palier, tous les élèves doivent posséder les éléments correspondants du
socle ; les élèves qui n’y seraient pas parvenus bénéficieront de soutiens appropriés l’année suivante.
Le Diplôme National du Brevet sera rénové pour permettre notamment l’évaluation du socle, dont certains éléments
nécessiteront une évaluation continue. Puisque la Nation s’oblige à donner à tous la maîtrise du socle, des dispositifs de
formation seront prévus pour ceux qui, malgré tout, ne le maîtriseraient pas lors du Brevet ou qui quitteraient le système
éducatif à 16 ans avant la fin de la classe de 3e.
Ÿ Pour que le socle ne reste pas lettre morte
La maîtrise effective du socle par tous les élèves imposera à l’École un certain nombre d’obligations, notamment une
évaluation des méthodes d’apprentissage, une réflexion sur les volumes horaires consacrés aux fondamentaux, un
accompagnement à l’intérieur de l’École (études surveillées, tutorat, accès aux livres, à Internet, à la culture,…). Il faudra aussi
offrir aux professeurs une formation initiale et continue adaptée à l’enseignement efficace du socle et faire connaître les
pratiques pédagogiques qui réussissent.
Contenu du socle
Ÿ Quelles compétences ? Le cadre de référence européen
La France a décidé de prendre part à l’harmonisation des systèmes éducatifs européens. La Loi d’orientation et de programme
pour l’avenir de l’École d’avril 2005 est pleinement compatible avec le projet de cadre européen. Le Haut Conseil préconise en
conséquence de s’inscrire dans ce projet de cadre, tout en l’adaptant aux particularités françaises, telles que l’ambition de
culture humaniste.
Ÿ Compétences et disciplines
L’acquisition d’une compétence requiert la contribution de plusieurs disciplines, et, réciproquement, une discipline contribue à
l’acquisition de plusieurs compétences. Toutes les disciplines enseignées à l’école et au collège, y compris les enseignements artistiques et l’éducation physique et sportive, ont un rôle à jouer dans l’acquisition du socle : c’est ensemble qu’elles permettent
l’épanouissement et le développement équilibré de l’élève.
Chaque discipline devant contribuer à la maîtrise du plus grand nombre de compétences possible, le texte précisera
l’apport de chacune d’elles.
Ÿ Structure du socle
Le texte du socle doit pouvoir être compris par tout le monde.
Il devra comporter d’abord une description claire et précise des compétences attendues, suivant le schéma du cadre européen
adopté pour chacune d’elles : présentation de l’objectif, puis énumération des connaissances, capacités et attitudes
correspondantes - ce qui permet de distinguer connaissances techniques et apports à la formation générale de l’esprit.
L’utilisation de la terminologie doit être rigoureuse pour assurer l’homogénéité du futur décret. En outre, pour en faciliter la
mise en œuvre par les professeurs, il devra mettre en relation de façon détaillée chaque compétence avec les programmes, afin
de sortir des formulations générales sujettes à des interprétations très diverses. Il faudra ainsi préciser ce qu’on entend par «
maîtriser le calcul mental » ou « savoir dégager l’idée essentielle d’un texte ». De tels objectifs doivent être illustrés par des
exercices-types adaptés à chaque niveau, de manière à fournir aux enseignants des références. D’une manière générale, pour
chacun des paliers et pour chaque élément de compétence, il faudra définir un outil d’évaluation précis, opérationnel et
réaliste.
Œ Maîtrise de la langue française
Cet objectif fondamental est prioritaire, car savoir lire, écrire et s’exprimer oralement conditionne la maîtrise des autres
compétences. C’est pourquoi la définition des différents paliers et des outils d’évaluation est ici décisive : il n’est pas question
de laisser des élèves parcourir les cycles de la scolarité obligatoire tout en continuant de souffrir, comme c’est le cas
aujourd’hui, de graves déficiences, notamment en lecture. L’expérience montre que les retards pris dans les toutes premières
années sont très difficiles à rattraper. Il faut définir les automatismes de base sans lesquels l’élève ne saurait progresser.
La maîtrise de la langue est du ressort de toutes les disciplines, pas seulement du « Français » ; chacune doit concourir à
son apprentissage et à son évaluation.
Le Haut Conseil recommande de veiller particulièrement aux points suivants :
· vocabulaire : son enrichissement continu sera un objectif primordial dès les toutes premières années ;
· grammaire : son apprentissage se fera d’une manière systématique et suppose que lui soient consacrées des leçons
distinctes de l’observation des textes, en évitant d’utiliser un vocabulaire technique qui relève de l’enseignement supérieur.
On distinguera clairement le cadre conceptuel destiné aux enseignants et les notions que les élèves doivent apprendre,
seules énoncées dans le texte du socle - remarque qui vaut également pour l’analyse des textes littéraires et qui est
d’ailleurs de portée générale ;
· orthographe : son perfectionnement jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire est une exigence sur laquelle on ne saurait
transiger. La dictée est un outil indispensable d’apprentissage et d’évaluation, et on ne pourra parler de réelle maîtrise que
lorsque l’orthographe sera correcte dans les écrits spontanés de l’élève. On travaillera l’expression écrite, et l’expression
orale, tout au long de la scolarité, y compris par la mémorisation et la récitation de textes littéraires.
La maîtrise de la langue comprend bien entendu la capacité à remplir et à lire les écrits de la vie courante, à rédiger une lettre, à
communiquer de façon appropriée dans diverses situations, etc…
v Pratique d’une langue vivante étrangère
Le Conseil de l’Europe a publié en 2001 un « Cadre européen commun de référence pour les langues » ; c’est sur ce cadre que
s’appuie la rénovation en cours de l’enseignement des langues vivantes et le document de la commission animée par le Directeur
de l’enseignement scolaire. Viser le niveau A2 (niveau intermédiaire de l’utilisation usuelle) en fin de scolarité obligatoire
correspond bien à la logique du socle commun.
Ž Compétences de base en mathématiques et culture scientifique et technologique
Ces compétences pourront être définies en combinant cadre européen, évaluations internationales, et programmes officiels. Les
propositions faites par le Conseil National des Programmes en 1997 restent valables : il s’agit de rendre intelligibles la nature et
la technique, de donner du sens aux savoirs et d’accroître chez les élèves le désir de connaissance. Elles conduisent, dans le
cadre de la scolarité obligatoire, à décloisonner dans une large mesure les enseignements scientifiques et techniques. La mise
en œuvre rapide de manuels conçus dans cet esprit permettra à chacun (élèves, parents) de bien comprendre en quoi
consiste le socle.
Les approches concrètes et pratiques, qui font notamment appel à l’habileté manuelle (par exemple, travailler un matériau,
manipuler des volumes, en réaliser…), aident les élèves à comprendre les notions abstraites.
A) Pour ce qui est des mathématiques, le Haut Conseil recommande de donner une importance accrue à la résolution de
problèmes à partir de situations ouvertes et proches de la réalité, et d’insister sur :
- la nécessité de créer aussi tôt que possible des automatismes en calcul (calcul mental, apprentissage des quatre opérations) ;- le rôle et l’apprentissage de la démonstration dans la démarche mathématique ;
- la notion de chance, de probabilité, d’incertitude, introduite à juste titre dans le document de la commission animée par le
Directeur de l’enseignement scolaire;
- la proportionnalité, notamment la « règle de 3 » ;
- les représentations graphiques (tableaux, diagrammes, points sur un axe, dans un
repère).
B) La culture scientifique et technologique doit développer la curiosité de l’élève et lui permettre notamment d’accéder à une
représentation globale et cohérente du monde comme de comprendre son environnement quotidien ; elle contribue en outre à
apprendre à distinguer entre faits démontrables d’un côté, opinions et croyances de l’autre. L’observation et l’expérimentation
sont centrales dans cette démarche. Des initiatives récentes telles que « La main à la pâte » montrent qu’on peut donner le
goût des sciences et des techniques dès le plus jeune âge, ce qui est d’autant plus urgent que la désaffection actuelle à
l’égard des filières scientifiques soit préoccupante pour l’avenir de notre pays.
L’Académie des Sciences insiste sur l’importance de montrer l’activité scientifique comme une des grandes aventures de l’esprit
humain, source d’applications techniques ; elle définit des « capacités », puis des « notions » à savoir - tout à fait dans l’esprit
du cadre européen -, en évitant la simple juxtaposition d’éléments des programmes disciplinaires, pour assurer la cohérence de
l’enseignement scientifique.
Il ne faut pas craindre d’aborder certaines notions complexes (l’ADN, les gènes…), puisque les élèves en entendent
continuellement parler dans la vie courante : tout dépend de la manière dont on les leur présente.
A la fin de sa scolarité obligatoire, l’élève doit :
· être capable de mobiliser les connaissances qu’il aura acquises dans les domaines essentiels que sont la planète Terre, la
matière, la lumière et la propagation des ondes, les différentes formes d’énergie, notamment l’énergie électrique, l’homme
et le vivant, la production d’objets et de richesses ;
· être familiarisé avec les technologies courantes, le traitement électronique et numérique de l’information et les processus
automatisés, à la base du fonctionnement d’objets de la vie courante.
x Maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication
Selon le cadre européen, « la culture numérique implique l’usage sûr et critique des technologies de la société de l’information ».
Le B2i (Brevet informatique et Internet), en ours de mise en place dans notre système éducatif, correspond à la logique du socle
: il a été conçu comme une attestation de compétences transdisciplinaires, comportant trois niveaux B2i école, B2i collège, B2i
lycée). On s’en tiendra aux deux premiers niveaux pour le socle.
y Culture humaniste
Conformément à la Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École, le socle doit contribuer à la transmission de la
culture humaniste.
L’une des principales lacunes constatées chez les élèves réside dans l’absence de repères. Or, ans un domaine qui, par définition,
est d’extension illimitée, il est primordial de disposer de tels repères, articulés sans cloisonner les disciplines pour assurer des
bases solides ; à cet effet, des manuels interdisciplinaires seraient ici aussi des outils précieux. Dans la perspective du socle, il
s’agit donc de donner ces repères, indispensables pour comprendre le monde actuel, et aussi de former la sensibilité,
d’éveiller le goût de la culture en fournissant les outils pour l’enrichir tout au long de la vie. Ouvrant à la richesse et à la
complexité de ’activité humaine, ces éléments nourrissent également dès le plus jeune âge la conscience ’une appartenance
commune.
Aussi le Haut Conseil considère-t-il qu’à la fin du collège l’élève doit :
· disposer de repères géographiques, incluant une connaissance précise de l’espace national et la carte de l’Union
européenne ;
· connaître les principes de la production et de l’échange ;
· connaître les périodes et les dates principales, les grandes figures, les événements fondateurs de l’histoire de France, en
les reliant au besoin à l’histoire du monde et du continent européen ;
· disposer de repères historiques, lui permettant d’identifier et de caractériser dans leurs grandes lignes (en mettant en
relation faits politiques, économiques, religieux…, inventions scientifiques et techniques, évolutions littéraires et
artistiques) les grandes périodes de l’histoire ainsi que les grandes ruptures ou événements, et de les situer les uns par
rapport aux autres, et lui donnant aussi une approche des différentes civilisations ;
· avoir une connaissance des œuvres artistiques majeures du patrimoine français, européen et mondial, et des grands textes
qui sont à la source de la civilisation européenne ;
· être capable de lire des œuvres intégrales, notamment classiques ;
· avoir des éléments de culture civique, en particulier concernant les droits de l’Homme.
Si l’on veut que cette culture soit commune à tous les Français, la définition du contenu de chaque élément sera minutieuse.
Pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel, réussir sa vie
en société et exercer librement sa citoyenneté, selon la loi d’avril 2005, d’autres compétences transdisciplinaires, qui sont
explicitées dans le projet de cadre européen, sont indispensables. Elles ne font pas encore, en France, l’objet d’instructions
officielles ; celles-ci établiront une liste d’objectifs à atteindre (des objectifs évaluables, de manière ponctuelle ou continue) et
préciseront comment les différentes disciplines concourent à leur acquisition. Le document de la commission animée par le
Directeur de l’enseignement scolaire identifie d’ailleurs à plusieurs reprises un certain nombre de compétences générales, mais
seulement sous certaines rubriques disciplinaires.
z Compétences sociales et civiques
A) Vivre en société
Il est indispensable pour l’élève :
· de comprendre et respecter les règles de la vie collective (conscience de ce qui est interdit, au premier chef la violence, et
de ce qui est permis ; tolérance ; civilité, respect de l’autre, en particulier l’autre sexe ; …) - cet objectif sera lié
notamment au règlement intérieur de l’établissement ;
· de comprendre que nul ne peut exister sans l’autre (nécessité pour chacun d’apporter une contribution à la collectivité,
importance des diverses formes de solidarité, notamment le devoir de porter secours) ;
· d’acquérir et développer le sens de la responsabilité, par rapport à soi (éducation à la santé, pratique du sport…) comme par
rapport aux autres (sécurité routière, les accidents de la route étant le premier facteur de mortalité chez les jeunes ;
respect de l’environnement ; …) ;
· de savoir travailler en équipe, ce qui suppose d’apprendre à écouter l’autre, faire valoir son point de vue, rechercher un
consensus : la faiblesse de l’éducation française sur ce point est fréquemment soulignée par les observateurs.
B) Se préparer à sa vie de citoyen
En plus des connaissances essentielles notamment sur l’histoire nationale, déjà mentionnées au titre de la culture humaniste,
l’élève devra :
· avoir des repères civiques : les symboles et leur signification (drapeau, devise, hymne national), les principales institutions
de la République française (les assemblées…), de l’Union européenne et du monde (ONU),… ;
· connaître les règles de la vie démocratique (respect de la loi, principe de la représentation, suffrage universel, secret du
vote, respect de la décision majoritaire et des droits de la minorité…), dont les élèves font l’apprentissage concret au
collège (élection des délégués) ;
· maîtriser quelques notions juridiques de base en référence à des situations courantes ;
· développer sa capacité de jugement, son esprit critique, ce qui suppose notamment être éduqué aux médias et à l’image.
{ Autonomie et initiative
A) Autonomie
Il est essentiel que l’École développe la capacité des élèves à apprendre tout au long de la vie. L’autonomie qui en résulte
est une condition de la réussite scolaire, avant de donner à chacun les moyens de mener à leur terme ses activités et projets à
tout âge, et de s’adapter aux évolutions de sa vie professionnelle.
Les principales capacités attendues de l’élève sont les suivantes :
· avoir des méthodes de travail ;
· résoudre des problèmes ;
· mémoriser ;
· raisonner avec logique et rigueur, ce qui comprend la capacité à hiérarchiser et synthétiser ;
· développer sa persévérance.
La maîtrise de cette compétence sera acquise et évaluée à travers toutes les disciplines, et chacun de ces objectifs sera décliné
: ainsi, avoir des méthodes de travail, c’est, entre autres, être capable d’organiser son temps (devoirs en temps limité,…), comme
de prendre des notes en fin de collège ou de s’auto-évaluer ; il est indispensable de savoir se servir dictionnaire, et surtout
d’avoir pris l’habitude de le consulter spontanément - cette attitude étant susceptible d’apprentissage et d’évaluation à travers
des exercices adaptés (par exemple, la présence systématique de mots rares dans des textes soumis à l’analyse des élèves) ; ...
Par ailleurs, l’École doit faire découvrir à tous les élèves les métiers, de secteurs et de niveaux
de qualification variées, et les parcours de formation, pour les aider à choisir leur orientation scolaire et professionnelle en
connaissance de cause.
B) Esprit d’initiative
L’esprit d’initiative est indispensable pour s’investir dans la société et non seulement pour réussir dans le monde du travail. Or
l’École n’y entraîne pas comme elle le devrait. Il faut que l’élève se montre capable, dans le cadre de la scolarité obligatoire,
de concevoir et de mettre en œuvre des projets, ce qui contribuera aussi à lui donner une confiance en soi suffisante. Il ne
s’agit pas de travaux de recherche documentaire : l’élève doit participer activement, autant que le permet son âge, à la
réalisation de projets (artistiques, sportifs, patrimoniaux, sociaux, économiques…), qui peuvent être individuels ou collectifs, liés
à l’enseignement ou à des actions d’intérêt général. Quelle qu’en soit la nature, le projet devra être accepté par l’établissement ;
partie intégrante du socle, il fera l’objet d’une présentation et d’une évaluation dans le cadre scolaire ; ce qui doit être valorisé
avant tout, c’est l’implication de l’élève.
Calendrier de mise en œuvre
La maîtrise des bases des fondamentaux de la lecture, de l’écriture et du calcul sera évaluée pour la première fois à la fin de
l’année scolaire 2006-2007. Pour chaque compétence, des éléments pour l’évaluation, le diagnostic ainsi que l’aide et le soutien
devront avoir été produits. La mise en place du socle doit être envisagée d’abord à l’école primaire. La première année
d’application donnera lieu à une analyse des résultats obtenus et des difficultés rencontrées.
Les élèves des classes après le premier palier n’auront pas bénéficié de l’enseignement du socle durant toute leur scolarité
obligatoire : l’évaluation de leurs compétences devra en tenir compte ; néanmoins, il faudra chercher à leur faire acquérir tout le
socle. Les élèves de toutes les classes correspondant à la scolarité obligatoire doivent dès maintenant pouvoir tirer profit de la
rénovation du système éducatif induite par la mise en place du socle.
A propos des recommandations du Haut conseil pour le socle commun
Les remarques du SNUipp
Première remarque : on peut se demander comment ce texte sera utilisé. En effet, s'il tente (comme c'est saLes remarques du SNUipp
fonction) de définir un socle, son contenu, même s'il est meilleur que tout ce qui a été dit à ce sujet jusqu'ici est
très peu détaillé. Ce qui n'enlève rien à la philosophie du socle fidèle à la loi Fillon.
Une faute dès les premières lignes : il a été procédé « à de nombreuses auditions »....en tout cas ni de la nôtre ni de
celle de la FSU !
Le texte prévoit d'adapter les manuels, l'organisation de la scolarité, les volumes horaires, les évaluations, le
brevet des collèges : le Ministère devra très vite donner des indications sur ces modifications.
Le découpage en palier et le retour à la référence aux années peuvent laisser à penser que la notion de cycle serait
abandonnée.
Le texte part d'un constat
Nous pouvons partager le constat fait : trop d'élèves quittent le système éducatif sans qualification (même si nous
contestons les chiffres annoncés), la violence à l'école est insupportable mais à ce propos il y a une faille : le texte
considère que « la maîtrise précoce des règles de comportement est fondamentale » : Quid des pratiques ? De
l'appropriation des règles de vie commune ? Du lien école/hors école ?
La définition du socle
– « Ce dont nul ne doit en être privé en fin de scolarité obligatoire » : faire croire que « grâce au socle, chacun
pourra continuer à se former tout au long de la vie et s'adapter aux évolutions de la société » est une
imposture. On sait depuis longtemps, et les statistiques le prouvent, que la formation tout au long de la vie
dépend d'une solide formation initiale de base. Il est clair à travers ce texte que le socle ne sera pas un outil
pour poursuivre ses études. Or, il devient mission première de l'école.
– « Penser le socle en termes de compétences » : la question des savoirs telle qu'elle est posée, est en
contradiction avec notre idée de la culture commune. Par contre la notion de compétence demande à être
travaillée. Le texte précise qu'il 'agit de la combinaison des connaissances, des capacités et attitudes (le terme
« attitude » pose problème) ce qui n'est pas étranger aux pratiques du premier degré notamment par rapport à
la notion de transversalité.
– « Pas de socle sans évaluation ni rattrapage » : le texte prévoit la définition de « paliers » le premier étant celui
de l'acquisition des fondamentaux. Mais il ne donne pas d'indication sur les autres paliers. L'idée de « palier »
pouvant d'ailleurs induire une conception accumulatrice du savoir. Un document pourrait suivre l'élève « tout au
long de sa scolarité » ce qui paraît non seulement difficile à mettre en œuvre mais pose des questions déjà bien
connues notamment à l'école maternelle : Que donne t-on comme informations aux familles ? Comment ne pas tenir compte de la possibilité de progression et régression des élèves pour dire si une compétence est ou non
acquise ? D'autant qu'il est précisé dans le texte qu'une « compétence est maîtrisée ou ne l'est pas » !
L'évaluation est renforcée : « repérage précis des acquis et des difficultés » plusieurs fois par an : attention à
ne pas passer plus de temps à évaluer qu'à enseigner.
On ne sait pas encore ce qu'il adviendra de l'actuel livret d'évaluation.
– « Pour que le socle ne reste pas lettre morte » : il y aura une évaluation des méthodes d 'apprentissage, une
réflexion sur les volumes horaires consacrés aux fondamentaux, un accompagnement à l'école (études,
tutorat...).
La formation initiale et continue devra prendre en compte le socle : à voir...
Contenu du socle
· « Un cadre de référence européen »
– « Compétences et disciplines » : on peut lire que ce sont plusieurs disciplines qui concourent à l'acquisition de
compétences, ce qui est plutôt mieux pour nous. On trouve ici nommés les enseignements artistiques et
l'éducation physique et sportive.
– « Structure du socle » : elle doit être comprise « par tout le monde ». Il s'agira de donner l'objectif puis
l'énumération des connaissances, capacités et attitudes pour chaque compétence à chaque palier. Ceci doit
permettre selon le texte de faire la différence entre connaissances techniques et formation générale de
l'esprit. On attend avec impatience l'énumération de ces connaissances....
Pour faciliter la mise en oeuvre, le texte du socle devra « mettre en relation de façon détaillée chaque
compétence avec les programmes ».
La définition du socle
1. Maîtrise de la langue française : savoir lire, écrire et s'exprimer sont considérés comme des outils et comme
des automatismes de base à acquérir.
Une remarque erronée et provocatrice consistant à dire qu'aujourd'hui on laisse passer les élèves en difficulté
et donc souffrir notamment en lecture est injuste : si les enseignants disposaient des ressources nécessaires
(temps de concertation, formation, aide au soutien, plus de maîtres) peut être y aurait-il moins d'enfants en
souffrance ? Cela laisse à penser qu'on a trouvé avec le socle une solution magique.
La maîtrise de la langue ne relève pas que du français. On trouve dans ce passage la référence au vocabulaire, à
la grammaire, à l'orthographe et à l'expression orale : difficile de voir la différence avec les programmes sauf
la phrase de la fin qui réduit l'apprentissage à savoir « remplir et à lire les écrits de la vie courante, à savoir
rédiger une lettre... ».
2. Pratique d'une langue vivante étrangère : il s'agit de viser le niveau A2 en fin de scolarité obligatoire.
3. Compétences de base en mathématiques et culture scientifique et technologique : l'accent est mis sur les
automatismes. Il est fait référence aux propositions du Conseil national des programmes de 1997. Il est prévu
de mettre en œuvre des manuels conçus « dans cet esprit ». La résolution de problèmes est privilégiée en
mathématiques. En sciences, on est loin de la démarche d'expérimentation qui consiste à permettre
l'appropriation de phénomènes complexes à tout âge.
4. Maîtrise des techniques usuelles de l'information et de la communication
Deux premiers niveaux du B2i pour le socle.
5. Culture humaniste : « un élément central du socle ». Il s'agit « d'affiner la sensibilité », « éveiller le goût »
ouvrant à la « complexité des civilisations ». Il est question aussi de donner « la conscience d'une appartenance
commune ». On trouve dans ce passage les repères géographiques, historiques, les principes de la production et
de l'échange (!), la connaissance de textes patrimoniaux, la familiarisation avec des oeuvres artistiques, des
éléments de culture civique.
Il est question d'autres compétences transdisciplinaires explicitées dans le cadre européen mais qui ne sont pas
précisées.
Tout ce qui concerne le corps est absent, absence de référence aussi aux pratiques sportives, artistiques et
culturelles. Sur le vivre en société on est plus sur la culpabilité que sur l'éducation.
Il est précisé que « pour accomplir avec succès sa scolarité », « d'autres compétences transdisciplinaires qui sont explicitées dans le projet de cadre européen sont indispensables.
Rappel des 8 compétences clés de la commission européenne : communication dans la langue maternelle,
communication dans une langue étrangère, culture mathématique et compétences de base en sciences et
technologies, culture numérique, apprendre à apprendre, compétences interpersonnelles et sociales, esprit
d'entreprise, expression culturelle.
6. Compétences sociales et civiques : on trouve ici le respect des règles de vie collective, sens de la responsabilité,
travail en équipe, celle de la « vie de citoyen » (référence à l'histoire et aux règles civiques)...
7. Autonomie dans l'apprentissage et esprit d'initiative. Il s'agit de ce qui concerne les méthodes de travail, la
mémoire, la logique, « la persévérance ».
Ceci sera décliné et évalué à travers chaque discipline.
L'école doit enfin permettre de « faire découvrir à tous les élèves les métiers » afin de les aider dans leur
orientation.
L'accent est mis sur « l'esprit d'initiative ». « Il faut que l'élève se montre capable dans le cadre de la scolarité
obligatoire, de concevoir et de mettre en œuvre des projets : participation à la réalisation de projets»,
l'implication de l'élève devant être « valorisée ».
Calendrier de mise en œuvre
La première évaluation aura lieu en ce qui concerne l'acquisition des fondamentaux « dans toute la mesure du
possible » à la fin de l'année scolaire 2006/2007.L'école primaire est en première ligne pour la mise en œuvre du
socle : « La mise en place du socle doit être envisagée d'abord à l'école primaire. La première année d'application
donnera lieu à une analyse des résultats obtenus et des difficultés rencontrées. »
Si tel devait être le cas, il est urgent et indispensable qu'une consultation entre le Ministère et les organisations
professionnelles ait lieu (Quelles incidences sur les contenus à enseigner ? Sur l'évaluation ? Sur les dispositifs
d'aide aux élèves ?...). et, que les écoles soient informées des incidences de telles modifications.
SOCLE COMMUN : communiqué de presse du SNUipp
Le Haut Conseil de l'Éducation vient de rendre publiques ses recommandations pour le Socle Commun.
Le Haut Conseil prétend que ce travail résulte de « nombreuses auditions ». Le SNUipp déplore n'en avoir pas fait
partie ! En effet, la révision des contenus d'enseignement à l'école primaire ne peut pas se faire sans une
consultation des représentants des personnels.
Le socle commun, issu de la Loi Fillon que le SNUipp conteste, instaure l'idée d'un minima de savoirs et attitudes à
acquérir à la fin de la scolarité, notamment pour se débrouiller « dans la vie courante » (particulièrement souligné
par le texte en ce qui concerne la maîtrise de la langue)... Les apprentissages de l’école primaire sont réduits à lire,
écrire et calculer. On est loin de la nécessité d'amener tous les élèves à partager une culture commune ! De même
les missions des enseignants ne peuvent se limiter à des tâches d’exécutants. Les enseignants doivent rester
concepteurs de leur métier.
Le Haut Conseil précise les modifications induites par le socle. Or laisser croire aux parents que le socle sera une
solution magique à la lourde question de la difficulté scolaire relève d’une imposture. Le SNUipp rappelle que si l'on
veut réellement lutter contre l'échec scolaire, il faut prendre des mesures nouvelles et les moyens adéquats dans
les écoles pour permettre d’autres pratiques notamment avec les élèves les plus en difficultés (plus de maîtres que
de classes, travail en équipe, temps de concertation, formation, aide aux soutiens... ).
Si les recommandations du Haut Conseil restent assez générales, le SNUipp attend maintenant les propositions du
Ministère. Les recommandations du Haut Conseil proposent de mettre en œuvre le socle à l'école primaire dès
l’année prochaine. Le SNUipp demande au Ministère d'ouvrir rapidement des discussions sur ce sujet.

Commentaires