Apprentissage de la lecture

 

APPRENTISSAGE DE LA LECTURE :

 

LE SE-UNSA, LE SGEN-CFDT ET LE SNUIPP-FSU

APPELLENT LES ENSEIGNANTS

A S’EN TENIR AUX PROGRAMMES DE 2002

 

 

Le SE-UNSA, le SGEN-CFDT et le SNUIPP-FSU ont pris acte de la parution de la circulaire ministérielle relative aux méthodes de lecture en date du 3 janvier 2006. Ils constatent que ce texte, qui n’a fait l’objet d’aucune concertation préalable et qui ignore la réalité des pratiques mises en oeuvre dans les écoles, officialise une prise de position quasi-idéologique, totalement contre-productive en matière pédagogique.

 

Le SE-UNSA, le SGEN-CFDT et le SNUIPP-FSU appellent les enseignants à s’en tenir exclusivement, dans l’intérêt des élèves, aux programmes du primaire de 2002. Qu’il s’agisse du choix de la méthode d’apprentissage de la lecture, de la démarche ou des activités conseillées, ces programmes font aujourd’hui autorité.

 

Le SE-UNSA, le SGEN-CFDT et le SNUIPP-FSU, signataires avec de nombreuses associations et personnalités, de l’appel « Apprentissage de la lecture : assez de polémiques, des réponses sérieuses ! », décident d’appeler la profession à la signer massivement.

 

 

Communiqué SNUipp du 9 février 2006

 

LECTURE : VERS LE MANUEL UNIQUE ?

 

Les enseignants viennent d'apprendre avec stupéfaction qu'à l'issue d'une réunion destinée à appliquer la circulaire ministérielle « Apprendre à lire », le recteur de l'Académie de Montpellier s'apprêtait à recommander des manuels scolaires et à en interdire d'autres comme les livres « Ratus » et « Gafi » par exemple. Le Ministère a-t-il l'intention de produire un manuel officiel et d'aller ainsi à l'encontre de la liberté pédagogique ? A-t-il l'intention d'effectuer les mêmes choix pour l’Histoire-Géographie ou la Philosophie ? Se rend-il compte du trouble lancé dans l'opinion publique lorsque l'on sait que ces deux manuels sont largement utilisés à ce jour dans les cours préparatoires ?

 

Le SNUipp s'élève avec la plus grande vigueur contre cette remise en cause de la conscience professionnelle et de la responsabilité pédagogique des enseignants du premier degré. Il rappelle que le choix des manuels relève de l'initiative des enseignants et de l'équipe : en aucun cas il n'appartient au recteur d'Académie ou aux municipalités d'effectuer un choix ou d’exercer des pressions en faveur de tel ou tel ouvrage, de tel ou tel éditeur... Cette initiative s'inscrit dans la lignée des déclarations ministérielles de ces dernières semaines comme l'ajournement précipité d'interventions dans la formation des inspecteurs de l'Éducation Nationale.

Le SNUipp demande au Ministre de l'Éducation Nationale d'apporter un démenti sans ambiguïté à cette annonce.

 

 

 

 

Appel unitaire

 

"APPRENTISSAGE DE LA LECTURE : ASSEZ DE POLEMIQUES, DES REPONSES SERIEUSES !"

 

L’apprentissage de la lecture est un enjeu majeur, pour toute la scolarité d’un enfant comme pour sa vie d’adulte et de citoyen. Chaque enseignant, chaque parent y accorde à juste titre une grande importance.

Sur ce sujet trop souvent l’objet de polémiques stériles, les organisations syndicales, les organisations de parents d’élèves, les mouvements pédagogiques et les personnalités signataires tiennent à rappeler quelques éléments incontestables et proposent, que l’information des parents et des enseignants reste sur un terrain, qu’elle ne doit jamais quitter : celui de l’intérêt de l’enfant.

1.L’apprentissage de la lecture, ne relève pas seulement du cours préparatoire, et vouloir ramener la réussite ou l’échec de l’élève au seul choix de la méthode de lecture n’est pas sérieux. Certes, le CP est un maillon essentiel dans le processus d’apprentissage, mais le rôle de l’école maternelle qui prépare les enfants à une bonne maîtrise de la langue orale et du cycle 3 qui doit les mener à une bonne compréhension des textes est tout aussi important.

2.La méthode dite « globale », écartée par les programmes de l’école élémentaire de 2002, n’est pratiquement plus utilisée dans les écoles. La majorité des manuels de lecture enseignent les correspondances entre les lettres et les sons, dès les premiers jours du cours préparatoire.

3.La situation de l’école ne correspond pas à la description caricaturale qui en est faite.

Toutes les comparaisons internationales montrent que la France obtient des résultats similaires à ceux des pays voisins européens. Les jeunes n’éprouvent pas plus de difficultés que leurs aînés, au contraire : l’INSEE a dénombré 4% d’illettrés chez les 18-24 ans, mais 14% chez les 40-54 ans et 19% chez les 55-65 ans. Le déchiffrage n’est pas le principal problème des élèves en difficultés de lecture : si 4% d’élèves ne savent pas déchiffrer à l’entrée en 6ème, 11% ne comprennent pas les textes qui leur sont proposés bien qu’ils sachent déchiffrer.

Cependant, chacun s’accorde à considérer qu’il est aujourd’hui insupportable de ne pas maîtriser suffisamment l’écrit pour s’intégrer socialement et accéder à un emploi. Donc, l’école doit chercher à mieux faire réussir tous les élèves. Pour autant, il n’y a pas de recul ou de baisse du niveau, voire d’épidémie de dyslexie ! La Fédération des orthophonistes rappelle qu’aucune étude scientifique menée par des orthophonistes ne met en évidence un lien entre approche globale de la lecture et troubles de l’écrit.

4.Les travaux des chercheurs, comme l’expérience des enseignants, montrent que la « querelle des méthodes » est dépassée. Méthodes syllabique, globale ou mixte ont laissé place à de nouvelles pratiques forgées progressivement au cours des trente dernières années. Il ne s’agit pas des méthodes mixtes. Ces approches qui sont cohérentes avec les résultats des recherches scientifiques récentes, mettent en œuvre simultanément la maîtrise du code et la compréhension.

5.L’apprentissage de la lecture ne se limite pas au déchiffrage et ne peut reposer exclusivement sur une approche syllabique. Réduire l’apprentissage de la lecture est simplificateur et mène ainsi l’école dans une impasse.

6.Nous considérons que les principaux éléments des programmes de l’école maternelle et élémentaire publiés en 2002 après de larges consultations conservent toute leur pertinence. Ils rappellent qu’« apprendre à lire, c’est apprendre à mettre en jeu en même temps deux activités très différentes : celle qui conduit à identifier des mots écrits, celle qui conduit à en comprendre la signification ». Ils ne se limitent pas au seul décodage et visent, dès le début du cycle 2, la compréhension des textes et l’accès au livre et à la culture écrite.

Les programmes de 2002 inscrivent les apprentissages du cycle 2 dans la continuité de ceux de l’école maternelle sur le langage oral, sur les habiletés phonologiques, sur le principe alphabétique et la familiarisation avec la langue écrite. Ils rappellent aussi que l’apprentissage de la lecture se poursuit au cours de l’école élémentaire et n’est pas achevé au début du collège.

Des difficultés demeurent. Il faut les réduire. L’apprentissage initial de la lecture peut et doit être amélioré. C’est en procédant à des recherches rigoureuses, en renforçant la formation et l’accompagnement des enseignants, en organisant une réelle évaluation du travail effectué dans les classes, en prenant en compte les différences de rythme de travail et d’apprentissage, en améliorant les conditions d’enseignement et d’apprentissage que l’école peut développer les compétences des élèves en lecture. C’est aussi par un effort de communication, entre l’école et les familles sur ce qui se fait réellement en classe, que l’école contribuera à créer un climat de confiance propice à la réussite des élèves.

C’est également en soutenant et en renforçant toutes les initiatives, en lien avec l’Ecole et les familles qui favorisent le goût pour le livre et la lecture : institutions et associations culturelles, bibliothèques et médiathèques, presse et médias de qualité pour la jeunesse.

Nous sommes bien loin des affirmations passéistes et approximatives de l’actuel ministre de l’Education Nationale.

 

Les organisations signataires :

  AGIEM (Association Générale des Institutrices en Ecole Maternelle)
  AIRDF (Association Internationale pour la recherche en didactique du français)
  CRAP (Cahiers Pédagogiques)
  ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne)
  FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves)
  GFEN (Groupe Français pour l’Education Nouvelle)
  LIGUE de l’ ENSEIGNEMENT
  SNUipp-FSU (Syndicat National Unitaire des Instituteurs et Professeurs de Ecoles)
  SE-UNSA (Syndicat des Enseignants)
  SGEN-CFDT (Syndicat Général de l’Education Nationale)
  AFEF (Association française des enseignants de français)

Liste des premiers signataires

BERNARDIN Jacques, Formateur à l’IUFM d’Orléans-Tours

BOIMARE Serge, Directeur Pédagogique du Centre Claude Bernard - Paris

BRIGAUDIOT Mireille, Maître de conférence, IUFM de Versailles, Equipe LEAPLE-CNRS

BRISSIAUD Rémy, Maître de Conférence de Psychologie, UFM de Versailles

CEBE Sylvie, Maître de conférence, IUFM académie de Lyon

CHARMEUX Evelyne, Professeur Honoraire, IUFM de Toulouse

CHAUVEAU Gérard, Chercheur associé à L’INRP et au Laboratoire ERTE, Université Paris V

DEVANNE Bernard, Professeur, IUFM de Basse Normandie

FIJALKOW Jacques, Professeur de Psycholinguistique à l’Université de Toulouse

FLORIN Agnès, Professeur en Psychologie du Développement et de l’Education, Université de Nantes

GOIGOUX Roland, Professeur des Universités , IUFM d’Auvergne

MEIRIEU Philippe, Professeur des Universités - Lyon

OUZOULIAS André, Professeur, IUFM de Versailles

PLANE Sylvie, Professeur des Universités en Sciences du Langage, IUFM de Paris

AMADE-ESCOT Chantal , Professeure des Universités Didactique Comparée ID2-LEMME

BERNIE Jean Paul (PU Sciences du langage IUFM d’Aquitaine Université Bordeaux II)

BISHOP Marie-France Maître de conférences IUFM Nord Pas de Calais, équipe THEODILE

BRAUD Michel, Maître de conférences à l’université de Bordeaux 3

BROSSARD Michel , Professeur émérite, Université de Bordeaux 2

CALAME GIPPET Fabienne (Enseignant-chercheur IUFM (MCF))

CHISS Jean-Louis (Professeur en sciences du langage Université Paris 3, membre du conseil scientifique de l’Observatoire National de la Lecture)

CLAQUIN Françoise , Professeur IUFM Pays de Loire, Nantes

CRINON Jacques (Professeur de Sciences de l’éducation IUFM de Créteil et Université PARIS 8 (équipe ESCOL))

CROCE-SPINELLI Hélène (ATER Sciences de l’Education - IUFM de Nice)

DABENE Michel (Professeur émérite Université Stendhal GrenobleIII, président d’honneur de l’Association Internationale pour la recherche en didactique du français (AIRDF))

DAUNAY Bertrand (Maître de conférences en sciences de l’éducation Université Charles de Gaulle Lille 3 )

DAVID Jacques (Professeur , IUFM de Versailles )

DELCAMBRE-DERVILLE Isabelle (PU Sciences de l’Education (Didactique du français) Université Charles de Gaulle Lille 3)

DHERS Maryvonne (IUFM TOULOUSE)

DOQUET-LACOSTE Claire (Maître de Conférence en Sciences du langage IUFM de Bretagne)

DUCANCEL Gilbert (INRP et IUFM d’Amiens)

ELALOUF Marie-Laure (Maître de conférences en sciences du langage, IUFM Versailles)

FIALIP-BARATTE Martine (Maître de conférences IUFM Nord Pas de Calais, équipe THEODILE)

GARCIA-DEBANC Claudine (Professeure des universités en sciences du langage et didactique du français, IUFM Midi-Pyrénées, membre du conseil scientifique de l’Observatoire National de la Lecture )

GRANDATY Michel (Maître de conférences en sciences du langage, IUFM Midi-Pyrénées et université Toulouse Le Mirail )

HALTE Anne, maître de conférences à Metz

HASSAN-PILARTZ Rouba (Maître de Conférence Lille III)

JOLIBERT Josette (Groupe de recherche d’Ecouen "Former des enfants lecteurs et producteurs de textes" ; ancien professeur de l’IUFM de Versailles)

LOUICHON Brigitte, Maître de conférences IUFM d’Aquitaine

MANESSE Danièle (Maître de conférences Université Paris V )

MASSOL J.-F., professeur de littérature française et didactique de la littérature, université Stendhal Grenoble 3

NONNON Elisabeth (Professeur des universités en sciences du langage, IUFM Nord Pas de Calais)

PINTADO Christiane, professeur de lettres, formateur à l’iufm d’Aquitaine

RABATEL Alain (Professeur des Universités en Sciences du langage, IUFM de Lyon)

ROMIAN Hélène (responsable de recherches sur l’enseignement du Français à l’école primaire )

SANTUCCI Martine, PIUFM Lettres , IUFM d’Aquitaine, Pau

TAUVERON Catherine (Professeur des Universités IUFM de Bretagne )

VAILLARD Didier (PIUFM Lettres IUFM Nord Pas de Calais Lille)

YOUX Viviane (Présidente de l Association française des enseignants de français (AFEF))

 


Ecole : non au renoncement

La « crise des banlieues » qu’a connue notre pays durant le mois de novembre a été l’occasion, ou le prétexte, pour le gouvernement d’annoncer la fin de la scolarisation obligatoire jusqu’à 16 ans, avec la possibilité d’aller en apprentissage sous contrat de travail dès 14 ou 15 ans, ainsi qu’une nouvelle réforme des zones d’éducation prioritaires (ZEP) qui renie toute ambition de transformation progressiste véritable de notre système éducatif. Certes, il est plus que jamais nécessaire de débattre des difficultés, des modalités et des conditions de la démocratisation de notre système éducatif et de l’accès aux savoirs, ainsi que d’opérer un bilan critique des politiques menées depuis trente ans. Mais ce qui nous est proposé aujourd’hui n’a rien à voir avec cela et relève au contraire du renoncement historique à cette ambition.

Une part de l’opinion publique et du monde enseignant est sans doute favorable à la possibilité pour des adolescents, en difficulté au collège, de quitter celui-ci dès 14 ans pour aller en apprentissage. Mais s’est-on demandé quels jeunes seront concernés en priorité par une telle mesure ? Les fils de ministres, d’avocats, de médecins ou d’enseignants montreront-ils la voie en ce domaine ? Une telle mesure est bien plutôt un moyen de délester le service public d’éducation des questions que lui posent la difficulté et la relégation scolaires et sociales, tout en brandissant l’argument du réalisme et de la prise en considération de la situation difficile qui est effectivement celle de trop nombreux jeunes d’origine populaire aujourd’hui au collège.

Mais ce réalisme est un réalisme illusoire, et il y a pour le moins une énorme hypocrisie à présenter l’apprentissage précoce comme solution pour les jeunes des quartiers les plus paupérisés et les plus stigmatisés : comment peut-on croire ou laisser croire que ces jeunes, qui sont déjà les premières victimes de la discrimination à l’embauche ou pour trouver un stage lorsqu’ils sont élèves de l’enseignement professionnel, ne le seraient plus dès lors qu’ils auraient deux ans de moins ? C’est, en réalité, un réalisme du renoncement, au nom de l’adaptation à une situation urbaine, sociale, économique, culturelle et scolaire engendrée par une politique libérale qui organise la concurrence systématique entre les individus, accroît les écarts et « externalise » les exclus.

Chacun sait que l’apprentissage à 14 ans, ce sera l’orientation encore plus précoce vers des classes où l’on parquera, en attendant, ceux qui sont les premières victimes du fonctionnement élitiste et socialement inégalitaire de notre système éducatif, ceux qu’il faudrait, non pas chercher à séduire par des promesses illusoires, mais au contraire réconcilier avec l’étude, le travail et la culture scolaires. Chacun sait que cette mesure est aux antipodes d’une véritable formation, générale et professionnelle, et qu’elle témoigne d’un mépris détestable pour les métiers dits « manuels » qu’elle réduit à de simples tâches d’exécution, ne nécessitant qu’une formation scolaire au rabais.

Chacun sait que le vrai courage politique ne consiste pas à « traiter » les problèmes par l’exclusion, mais à s’attaquer, le plus tôt possible, et donc dès les premières classes, à la genèse de l’échec et de la ségrégation scolaires. Non, l’issue n’est pas dans la politique du renoncement mais dans une politique qui rompe avec la gestion sociale de l’inégalité et de la ségrégation sociales et scolaires, qu’est devenue, au fil du temps, la politique « en faveur des plus démunis ». Non il n’est plus possible d’accepter que, dans ce domaine comme dans tant d’autres la protection sociale et l’emploi en particulier , les hommes politiques qui nous gouvernent s’évertuent à transformer les victimes en coupables, à envoyer en permanence aux vaincus du libéralisme des signaux leur disant : « C’est de votre faute ! Vous n’aviez qu’à être du côté des vainqueurs ! » Cette pensée qui bafoue l’idéal d’une république sociale est à l’inverse de ce qui permettrait à notre peuple de redresser la tête et de prendre sa place dans un monde solidaire. Faut-il rappeler, une nouvelle fois, qu’« une chaîne ne vaut que ce que vaut son maillon le plus faible » ?

Les mesures annoncées par le gouvernement concernant les ZEP participent ainsi, elles aussi, d’une détestable politique du renoncement. C’est tout d’abord l’annonce selon laquelle cette nouvelle « relance » des ZEP devra se faire à moyens constants, alors que tous les analystes de cette politique insistent sur la faiblesse des moyens qui lui ont été accordés. Annonce renforcée, quelques jours plus tard, au beau milieu des vacances scolaires, par celle d’une diminution de plus de 30 % des postes mis au concours en 2006. C’est ensuite la concentration quasi exclusive des mesures annoncées sur les collèges qui, d’une part, pourrait laisser croire qu’il n’y aurait pas de problème en amont, à l’école maternelle et élémentaire et, d’autre part, qu’il n’est pas nécessaire de s’attaquer aux processus de ségrégation sociale, urbaine et scolaire qui produisent la paupérisation et la précarisation croissantes d’une part de plus en plus grande de la population habitant ou fréquentant les quartiers et les établissements scolaires « de banlieue ». C’est encore la possibilité donnée aux meilleurs élèves de ZEP de s’inscrire dans l’établissement de leur choix qui affiche, en creux, le peu d’ambition que l’on a pour les établissements qui concentrent déjà aujourd’hui, et concentreront encore plus demain, les élèves les plus « défavorisés » et, en particulier, évidemment, les lycées de banlieue qui vont se trouver de plus en plus ghettoïsés, bloquant plus que jamais l’ascenseur social qu’on prétend faire redémarrer.

C’est enfin l’accent exclusif mis sur l’individualisation des mesures et sur la volonté, affirmée aussi bien par Gilles de Robien que par Nicolas Sarkozy, de ne plus donner la priorité aux « zones » mais aux élèves. A ce moment encore, derrière une question qui mérite débat (faut-il privilégier une approche en termes de territoires, ou en termes de rapports entre le système éducatif et certaines catégories de population ?), se dissimule bien mal une volonté de renoncement à la transformation nécessaire de l’Ecole et de lutte contre toutes les formes de « fracture sociale ». On voudrait nous laisser croire, en privilégiant une logique de traitement individuel, qu’il suffirait de mieux « adapter » les enfants de milieux populaires (à grands renforts de soutien, de rattrapage, de parrainage, voire de culpabilisation ou de pénalisation de leurs parents) à un système éducatif dont le fonctionnement élitiste pourrait demeurer inchangé. Mais les enfants des « banlieues », ceux des milieux populaires posent au contraire, à notre société comme à notre Ecole, le problème de leur nécessaire transformation ; ils nous obligent à mieux penser et à mettre en oeuvre les conditions, sociales, économiques et scolaires de la démocratisation de l’accès au savoir et à l’exercice de la pensée critique. Perspective à laquelle tourne obstinément le dos ce gouvernement autiste, enfermé dans une logique du renoncement qui lui fait brader toute ambition pour l’Ecole et qui le conduit à promettre une scolarité au rabais à ceux qui auraient au contraire besoin, non seulement de plus mais de mieux d’Ecole.

Quand cette politique s’accompagne d’une multitude d’autres renoncements plus ponctuels mais tout aussi significatifs : abandon, en terminale, des travaux personnels encadrés qui permettaient la formation au travail de groupe et à la recherche documentaire exigeants, imposition aux professeurs d’école de la méthode syllabique au détriment d’un apprentissage progressif et critique de la lecture tout au long de la scolarité, présence dans les établissements de forces de police pour faire régner l’ordre alors qu’on refuse à ces mêmes établissements les moyens en conseillers principaux d’éducation et en cadres éducatifs, enseignement des « bienfaits » de la colonisation, réduction de l’éducation civique à l’apprentissage de la Marseillaise, etc., alors il n’est plus temps de s’inquiéter, il est urgent de chercher, par tous les moyens, à résister.

Premiers signataires : 

Chantal Amade-Escot, Université Paul Sabatier Toulouse ; Jean-Pierre Astolfi, Université de Rouen ; Anne Barrère, Université Lille III ; Élisabeth Bautier, Université Paris VIII ; Stéphane Bonnéry, Université Paris VIII ; Marc Bru, Université Toulouse-le-Mirail ; Yves Chevallard, IUFM d’Aix-Marseille ; François Dubet, Université Bordeaux II ; Marie Duru-Bellat, Université de Bourgogne ; Sylvia Faure, Université Lyon II ; Jacques Fijalkow, Université Toulouse-le-Mirail ; Dominique Glasman, Université de Savoie ; Roland Goigoux, IUFM d’Auvergne ; Jean Houssaye, Université de Rouen ; Samuel Johsua, Université de Provence ; Bernard Lahire, ENS Lyon ; Alain Legardez, IUFM d’Aix-Marseille ; Claude Lelièvre, Université Paris V ; Gérard Mauger, CSU-CNRS ; Philippe Meirieu, Université Lyon II ; Mathias Millet, IUFM de Poitiers ; Jacques Pain, Université Paris X ; Patrick Rayou, IUFM de Créteil ; Jean-Yves Rochex, Université Paris VIII ; Françoise Ropé, Université d’Amiens ; Gérard Sensevy, IUFM de Bretagne ;  Daniel Thin, Université Lyon II

 



Article ajouté le 2006-03-05 , consulté 172 fois

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