Avenir de l'enseignement français à l'étranger: le SNUipp et le SNES quittent la commission !

Avenir de l'enseignement français à l'étranger: le SNUipp et le SNES quittent la commission !

Depuis fin janvier, la commission présidée par l'ambassadeur M. Y. Aubin de la Messuzière et le président du Medef international, F. Périgot, se réunit tous les 15 jours pour évoquer l'avenir de l'enseignement français à l'étranger. Alors que la commission commence à aborder les questions du financement du réseau, un premier document présentant « des propositions pour les principales recommandations » que la commission souhaite faire a été diffusé aux participants. Ce document ne devait pas donner lieu à un débat lors de la réunion du 4 avril dernier, mais au cours des réunions suivantes, et avait pour but de vérifier le consensus des membres de la commission sur ces orientations. Las, les orientations présentées (même si leur écriture demande à être affinée) s'inscrivent très clairement dans la logique de privatisation libérale du réseau que nous combattons, et ne permettra pas un consensus avec le SNUipp. C'est ce que les représentants du SNUipp (F. Turlan) et du SNES ont dit à cette réunion, avant de quitter ses travaux...

Nous ne laisserons pas casser l'établissement public AEFE ou le diluer dans un réseau largement privatisé et concurrentiel, avec un investissement financier de l'Etat en régression constante !

Commentaires sur le document et propositions:

– que signifie la proposition 4 « insérer dans le réseau une culture d'objectifs et de résultats et organiser l'évaluation continue des professeurs et des établissements scolaires ». Au-delà du vocabulaire très « managerial », laisse-t-on penser que les professeurs ne sont pas évalués aujourd'hui ou s'agit-il d'exercer une pression accrue, au nom d'objectifs (lesquels ?) fixés par d'autres que les programmes scolaires ?

– Qu'entend-on par « la mise en synergie des différentes composantes du réseau (sont clairement cités: EGD, établissements conventionnés, homologués, enseignements bilingues et programme FLAM) », au travers notamment de la « Charte de l'enseignement français » (adoptée par le CA de l'AEFE en décembre dernier) et de ses déclinaisons locales (à titre d'exemple, la Charte élaborée il y a quelques années en Espagne est donnée pour modèle... on se rappelle qu'elle avait pour objectif de réaliser une économie de 5 millions d'euros: n'est-ce pas là le véritable objectif de ces


préconisations ?). Que veut-on impulser, dans ce cadre, en incitant à « la mutualisation des moyens et l'élaboration de projets communs entre l'ensemble des établissements »... si ce n'est le financement par l'argent public des structures privées concurrentielles ? (on le voit déjà dans le cadre de la formation continue où les établissements homologués participent souvent très peu au financement de l'effort...)

– développer les partenariats avec les centres, instituts et alliances françaises « tant en ce qui concerne l'enseignement du français qu'en matière d'action culturelle » part sans doute d'une bonne intention et de la volonté d'ouverture sur l'extérieur des établissements... mais quand on connait les politiques de casse du réseau culturel mises en oeuvre actuellement par le gouvernement français, il y a lieu de s'interroger sérieusement...

– nous avons toujours soutenu l'ouverture des établissements à leur environnement et au pays d'accueil, mais que signifie précisément la recommandation de « suggérer des adaptations des programmes scolaires » (validés tout de même par l'Education nationale) et de « donner davantage d'autonomie aux établissements par l'aménagement des horaires et des programmes »... quand on voit parfois des demandes d'adaptation des programmes à des catégories d'élèves que l'on souhaiterait accueillir (s'adapter à la clientèle ?)

– en matière de carte scolaire, la commission dit souhaiter « revisiter la carte scolaire » pour tenir compte de l'évolution des communautés françaises à l'étranger (ce que fait tout de même le CTP de l'AEFE chaque année...), mais en poussant plus loin pour « revoir la répartition entre établissements en gestion directe, conventionnés, homologués et organiser de manière complémentaire l'action des différents opérateurs. » En précisant qu' « en deça d'un certain seuil d'élèves français scolarisés, l'établissement conventionné devra se voir déconventionné »... et que « le choix du mode de gestion dépendra de critères plus rationnels (répartition français/étrangers, situation juridique locale, équilibre financier de l'établissement) propres à assurer le meilleur développement à l'établissement ». Et en préconisant de « réfléchir à la création d'une nouvelle catégorie d'établissements affiliés à l'Agence, qui sur le modèle de la Mission Laïque française, seraient signataires d'un accord de partenariat sur objectifs ».

Voilà donc le grand objectif de la commission et sa principale orientation: pousser au bout la logique de réseau et de dilution des identités des différents opérateurs tous placés sur un même plan (cela s'appelle sans doute le marché et la libre concurrence...), adapter la réponse au marché local en fonction des publics attendus et de leur solvabilité ! Pour nous, cette vision des choses ne tient aucun compte des missions propres confiées à l'établissement public par la loi, de son identité et de sa spécificité.

De plus, nous ne considérons ni la Mission Laïque Française comme un « modèle », ni ses accords de partenariat avec certains établissements (aux USA, notamment) - qui la situe comme simple prestataire de service dans le recrutement de personnels qualifiés dont elle se désintéresse du sort par la suite - comme la solution aux enjeux de développement du réseau d'enseignement français à l'étranger.

– La redéfinition des critères d'homologation et l'élaboration d'un schéma de développement du réseau à 5 ans, s'ils s'inscrivent dans une telle vision de l'évolution du réseau, ne constitueront nullement une garantie.

– Les recommandations en matière « d'équilibre financier » (par ex: encadrer la gratuité de la scolarité en lycée en fixant un plafond des revenus) s'appuient, dans le même esprit, sur un désengagement plus prononcé de l'état, l'augmentation importante des frais de scolarité tant pour les ressortissants français (non bénéficiaires de la gratuité) que pour les élèves étrangers (+ 30% sur 3 ans), la recherche de financement complémentaires auprès des entreprises françaises (très


hypothétique !!!) à travers une fondation nationale ou locale pour le financement des investissements immobiliers ou des bourses au profit des élèves étrangers, ou auprès de l'Agence française de développement (pour les pays en développement... là aussi, il convient de ne pas trop se faire d'illusion...!).

– Si la commission souhaite « la non-application aux établissements concernés du décret de décembre 2007 qui fait porter la charge patronale des pensions des personnels français titulaires aux établissements qui les emploient » et « l'engagement de l'état à garnatir par un plan pluriannuel le financement des surcoûts de la mesure de gratuité» (jusqu'à 2020), elle ne propose ni la prise en charge totale des salaires des personnels titulaires par l'état (via le ministère de l'Education nationale) comme l'ont proposé les organisations qui ont signé la déclaration commune du 23 mai 2006 (ADFE, FCPE, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SNES-FSU, SNUipp-FSU), ni un véritable plan de financement pluriannuel de développement du réseau !

– Bien d'autres questions restent encore en suspens, dont celle de l'avenir des statuts des personnels à l'étranger, mais si elles sont abordées dans le même état d'esprit, nous n'avons rien de bon à attendre des réflexions futures...



Article ajouté le 2008-04-10 , consulté 16 fois

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