Snuipp MarocLes enseignants vivent moins bien aujourd'hui qu'en 1981Les enseignants vivent moins bien aujourd'hui qu'en 1981 LE MONDE | Sur les vingt-cinq dernières années, le pouvoir d'achat des
enseignants s'est fortement réduit. Entre 1981 et 2004, les professeurs de
collège et lycées et les universitaires ont perdu en moyenne 20 % de leur
pouvoir d'achat (hors indemnités), tandis que les professeurs des écoles en
perdaient 9 %. Tels sont les principaux résultats d'une étude publiée en
janvier par trois économistes, Robert Gary-Bobo, professeur à l'université
Paris-I (Panthéon-Sorbonne) et à l'Ecole d'économie de Paris, Touria Jaaidane,
professeur à l'université Lille-I, et Btissam Bouzidi, doctorante. En reconstituant
précisément l'historique des traitements entre 1960 et 2004, les auteurs
montrent que le pouvoir d'achat des enseignants a augmenté jusqu'en 1981 et
qu'il a lentement décliné depuis, avec la mise en place de politiques de
rigueur salariale par les gouvernements de gauche comme de droite. "A
partir de 1982-1983, les fonctionnaires qui jusque-là avaient joui de gains
substantiels de pouvoir d'achat, rentrent dans une phase de
régression lente, certaine et constante, qui n'a pas cessé aujourd'hui", expliquent
les économistes en évoquant une diminution annuelle moyenne de 0,88 % du
pouvoir d'achat des professeurs. Sur cette période, les
traitements des enseignants ont certes été revalorisés mais sans rattraper les
hausses du coût de la vie et sans compenser l'augmentation des charges sociales
(CSG, assurance-maladie, retraite, etc.). Les auteurs reconnaissent qu'une
partie du pouvoir d'achat n'a pas été prise en compte dans l'étude, notamment
les indemnités versées à certains enseignants (primes ZEP, prime d'orientation
des élèves, etc.) : ils insistent néanmoins sur le fait que, dans l'éducation
nationale, le montant de ces indemnités "joue un rôle
mineur" dans les rémunérations. Cette érosion ne touche
pas toutes les catégories d'enseignants de la même façon. "Les
instituteurs sont ceux qui s'en tirent le mieux, avec une baisse de traitement
réel net (qui correspond au pouvoir d'achat) de 9 %
seulement durant la même période", indique l'étude. La transformation du
corps des instituteurs en professeurs des écoles, avec une revalorisation de leurs
traitements, leur a apporté, à partir de 1990, une relative
"bouffée d'oxygène". Les enseignants du
secondaire et du supérieur n'ont pas bénéficié, à l'époque, d'une
revalorisation aussi forte et ont donc subi une érosion plus nette de leur
pouvoir d'achat : - 20 % pour les certifiés en fin de carrière, - 20,6 % pour
les agrégés, - 16 % pour les maîtres de conférences et - 20,6 % pour les
professeurs. Cette perte de pouvoir
d'achat n'a pas empêché le budget de l'éducation nationale de progresser. La
hausse des pensions, avec de nombreux départs en retraite, l'augmentation des
charges sociales et, surtout, la croissance du nombre de fonctionnaires (+ 18,6
% sur la même période) ont contribué à accroître les dépenses de l'Etat. "Les syndicats
d'enseignants se sont montrés incapables d'enrayer le mouvement de baisse des
salaires. Cette constatation
apparaîtra comme un paradoxe à ceux qui pensent que les syndicats de la
fonction publique s'adjugent une part du gâteau toujours plus grosse",
souligne l'étude. Les économistes expliquent que les syndicats ont
fait le choix de défendre l'emploi et de revendiquer l'amélioration des
conditions de travail dans les classes. Cette stratégie s'est
notamment traduite par des décharges de service plus nombreuses et par la
baisse régulière du nombre d'élèves par classe. L'obtention de ces acquis
sociaux explique, aux yeux des économistes, que les enseignants aient pu
supporter une telle régression salariale "sans finalement trop protester". Les
effets mécaniques de l'avancement ont aussi pu leur masquer individuellement la
perte de pouvoir d'achat subie. "Les syndicats ont
donc gagné plus de confort au travail pour les enseignants tandis que le
gouvernement réalisait certaines économies. Mais, ce faisant, ils se sont faits
les complices d'une dévalorisation progressive du métier
d'enseignant", relèvent les économistes. Depuis le début des années 1990, la
plupart des conflits sociaux, dans l'éducation nationale, se sont cristallisés
autour de sujets liés aux retraites, à la décentralisation, à des réformes
pédagogiques, aux moyens budgétaires, mais beaucoup moins aux salaires. Dans leur étude, les
auteurs formulent l'hypothèse que la féminisation du corps enseignant (50 % des
professeurs du secondaire en 1981, 64 % en 2001) ait pu faire évoluer le type
de revendications : "Le tournant de la rigueur est vraisemblablement concomitant d'un
changement des préférences dans la négociation
collective." Les enseignantes auraient ainsi privilégié les conditions de
travail sur les salaires. Dans un contexte
d'arrivée de "nouveaux publics", jugés plus difficiles,
l'amélioration des conditions de travail aurait également été perçue comme une
priorité. Luc Bronner et Catherine Rollot Article paru dans l'édition du 21.01.07. Chiffres Les enseignants, comme les autres fonctionnaires, perçoivent un
traitement brut calculé en fonction de leur échelon et de la valeur du point
d'indice (déterminé par le ministère de la fonction publique). Selon
l'éducation nationale : Après deux ans d'enseignement, un professeur certifié perçoit 1
550 euros net. Après trente ans de carrière, il touche entre 2 454 euros et 2
921 euros. S'ajoutent à ce traitement, pour certains, des indemnités
(familiales, de résidence ou selon leur type d'activité). Article ajouté le 2007-01-24 , consulté 24 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " Vie syndicale "Retour aux articles |