Rencontre avec Mme Descôtes, directrice de l'AEFE

Rencontre avec Mme Descôtes, directrice de l'AEFE

Nous avions souhaité, depuis sa prise de fonction, rencontrer Anne-Marie Descôtes, directrice de l'AEFE qui a succédé en juin dernier à Maryse Bossière afin de lui exposer les positions du SNUipp quant aux orientations de l'AEFE et la situation des personnels.

Cette rencontre a eu lieu le vendredi 27 mars, et notre entretien s'est déroulé autour de quatre points : le réseau des établissements de l'AEFE, le statut des personnels, le droit syndical et le dialogue social, les orientations pédagogiques.

1) Point sur le réseau AEFE

Nous avons réaffirmé notre attachement au réseau des établissements de l'AEFE et à sa dimension de service public d'enseignement français à l'étranger. Nous avons également souligné l'importance des établissements du premier degré dans ce dispositif et leur contribution indispensable au rayonnement de la langue et de la culture française. La directrice de l'AEFE nous a alors fait part des consultations qui avaient lieu dans chacun des postes suite aux États généraux sur l'avenir de l'enseignement français à l'étranger et qui donnaient un état des lieux du réseau. Ces remontées rejoignent l'analyse qui avait été faite par le SNUIPP dès janvier 2007 : un alourdissement des charges pour les établissements, une fragilisation du réseau dans les pays les plus pauvres, et face à une augmentation du nombre d'élèves un désengagement de l'état et une privatisation inquiétante du service d'éducation. La directrice de l'AEFE a confirmé que l'Agence était en difficulté financière et que Bercy faisait pression pour récupérer les derniers postes d'expatriés. L'application de la mesure de prise en charge des frais de scolarité va peser de plus en plus lourdement sur le budget du MAE et laissera de moins en moins de marge de manœuvre à l'AEFE. Le nouveau transfert de la compétence immobilière pour les établissements appartenant à la France (lycée de Londres par exemple) aggravera encore le déficit budgétaire et la contribution de 6% votée au précédent CA ne suffira pas à maintenir l'équilibre.

2) Le statut des personnels

En liaison avec le point précédent nous avons déploré la perte massive de postes d'expatriés dans le premier degré. Ces postes sont une aide importante pour les établissements car ils relèvent du budget de l'AEFE. Les directeurs du premier degré assurent des fonctions administratives mais sont aussi chargés de la formation des contrats locaux. C'est pourquoi nous sommes également intervenus sur l'exemple de Madagascar où à Tulear le poste de directeur du premier degré est supprimé, alors que le cycle primaire est le plus important et les besoins en formation essentiels. Nous avons déploré les transformations successives des postes de directeurs expatriés en postes de directeurs résidents.

Nous avons insisté sur la genèse du statut de résident, qui lors de sa création a apporté à de nombreux collègues une amélioration certaine de leur situation (salaire indiciaire, couverture sociale française, poursuite de la carrière). Ce statut de résident permet à l'AEFE de disposer d'un contingent de personnel formé et titulaire qui assure la stabilité des équipes éducatives de par son installation de façon pérenne sur le territoire d'exercice. Le SNUipp renouvelle donc ses inquiétudes et son opposition à une mobilité calquée sur celle des expatriés. Nous avons repris l'exemple récent de l'Allemagne où l'AEFE n'a tenu compte à aucun moment de la situation de vrai résident de notre collègue. Nous avons dénoncé les dérives qui se profilent (postes à profil, mérite ...) et qui vont à l'encontre des acquis des personnels et de l'intérêt des équipes. La réaction forte de nos collègues d'Allemagne (plusieurs journées de grève) traduit bien l'inquiétude et le mécontentement de l'ensemble des collègues du réseau. Nous avons rappelé que pour tous les postes « à profil » (directeur, formateurs, ASH ...) nous demandions le maintien, voire la création de postes d'expatriés. Enfin, nous avons souligné que le réseau ne pourrait fonctionner sans les collègues recrutés locaux dont la situation restait souvent difficile et rappelé que les 10 recommandations parues en 2001 n'étaient toujours pas appliquées (contrats, salaires, protection sociale ...); aussi nous avons appelé l'Agence à s'en préoccuper de manière urgente. Dans le contexte budgétaire actuel (transfert de charges sur les établissements), trop de TNR (titulaires non résident, recrutés locaux) sont en attente de résidentialisation et la précarité s'accroit.

Nous avons fait part de notre inquiétude face au risque de déconventionnement qui pèse sur les établissements les plus fragiles et aux conséquences pour nos collègues, y compris quand la MLF se pose en repreneur. La directrice de l'AEFE souhaite, dans la continuité des travaux de la commission avenir et des États généraux qui se sont tenus en octobre dernier à Paris puis dans les établissements poursuivre la réflexion sur les statuts des personnels détachés et les missions spécifiques des expatriés dans le cadre de l'élaboration du nouveau Plan d'Orientation Stratégique de l'Agence.

3) Dialogue social et droit syndical

Nous avons alerté la directrice sur les nombreux problèmes qui se sont posés cette année pour le recrutement des résidents, suite à la publication de la note de service précisant les « priorités » sans tenir compte des règlements locaux de CCPLA qui sont souvent en contradiction avec ces nouvelles directives. Elle nous a indiqué qu'elle avait aussi reçu de nombreux mails de contestation et qu'il convenait de réexaminer cette question. Nous demandons que soit organisée dans chaque poste une réflexion soit pour l'harmonisation des règlements intérieurs soit pour leur rédaction et cela dans le cadre d'un règlement intérieur qui soit le reflet des réalités locales.

Concernant le droit de grève, nous nous sommes fait préciser, une nouvelle fois, que la déclaration préalable n'était pas obligatoire à l'étranger (quelques directeurs ou chefs d'établissement ont encore fait du zèle pour la dernière grève). Nous avons évoqué le cas du Liban où les collègues ont été tenus de donner la déclaration préalable et de fournir le travail à faire par les élèves pour la personne qui allait les remplacer.

Nous avons renouvelé l'attachement du SNUipp aux instances de concertation, la représentation dans les conseils d'établissement du premier degré est essentielle, les conseils d'écoles doivent exister dans chaque établissement, les décisions prises dans les conseils des maîtres et les conseils de cycle prises en considération par l'administration. Nous avons tenu à souligner le rôle des représentants des personnels et représentants syndicaux aussi bien dans les instances consultatives qu'auprès des collègues. Nous avons relayé les remarques de collègues qui ne sont pas informés dans les temps des formalités administratives à accomplir (demande de temps partiel, renouvellement de détachement ...). La directrice a confirmé que c'était au chef d'établissement de transmettre ces informations.

4) Pédagogie

Nous sommes revenus sur les difficultés d'application des 24 heures dans les établissements français de l'étranger où l'enseignement de la langue et de la culture d'origine vient alourdir la semaine scolaire et multiplier les intervenants. Un emploi du temps de type collège ne peut pas être repris dans le premier degré. De nombreuses réunions de concertation ont eu lieu dans les établissements, nous souhaitons que leur réflexion soit prise en compte dans la mise en place de l'organisation de la semaine scolaire. De même, les nouvelles instructions de l'AEFE pour le calendrier scolaire 2009/10 (864 h/année) s'avèrent inapplicables sur le terrain si on tient compte des réalités locales (calendrier et climat).

Nous avons abordé également la question de la mise en place des classes bilingues et les suppressions de postes de résidents qui en découlent. C'est une orientation essentielle de la politique éducative de l'AEFE, qui ne peut pourtant pas cacher la recherche de nouvelles entrées économiques, cela se fait une nouvelle fois au dépend des personnels. Ces structures bilingues ne viennent pas s'ajouter aux classes existantes mais les remplacer. Le statut des intervenants de langue pose également problème. Les collègues qui interviennent quelques heures par classe et sur de nombreuses classes ne peuvent pas être assimilés aux collègues qui interviennent en classe bilingue (et sur deux classes seulement). Ils doivent disposer d'un horaire de service « allégé » et de temps de concertation suffisants. Nous avons ensuite insisté sur la nécessaire prise en compte des élèves en difficulté du réseau et de la création de postes spécialisés ASH.

Cet entretien s'est terminé sur une affirmation commune de la nécessited'assurer la continuité du service publique d'éducation.

Le secteur Hors de France du SNUipp



Article ajouté le 2009-04-06 , consulté 252 fois

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